24 juin 2008
Point de côté d'Anne Percin. Thierry Magnier (Roman).
Pierre a perdu son frère jumeau quand il avait 10 ans. Il a aujourd'hui 17 ans, et il n'attend plus rien de la vie. Il survit, tout au plus, seul.
Il prévoit son suicide 10 ans exactement après la mort de son frère, ce sera pour 2002. D'ici là, il faut faire passer le temps, il écrit.
Il court aussi, beaucoup. Il s'est toujours détesté physiquement, à tel point qu'il ne se regarde jamais. Plutôt enrobé, il s'affine, commence à sculpter puis à maîtriser son corps, il mange de moins en moins. Un médecin généraliste le met en garde : il est clairement anorexique. Mais il n'en a cure, de même que sa famille, qui ne l'apprendra d'ailleurs jamais. Les parents ne sont pas très attentifs à leur fils.
"Quand on ne croit plus à rien, tout peut arriver." (extrait de la 4ème de couverture, 4èmes que je trouve presque toujours pertinentes chez Thierry Magnier)
Pierre va faire la connaissance de Raphaël, un photographe.
C'est durant une séance photos improvisée que la vie de Pierre va changer : Raphaël lui fait prendre conscience de son apparence et de sa fragilité. S'il continue, il va mourir. C'est son but, mais Pierre n'a peut-être plus le même objectif. Il n'arrive pas encore à mettre les mots dessus, mais il plaît et certaines choses ou des personnes lui plaisent également, Raphaël notamment... l'envie de mourir se fait moins pressante.
Raphaël est un ami, puis un confident qui va faire changer le regard de Pierre sur lui-même et sur ce qui l'entoure. Raphaël le regarde tel qu'il est, les côtes saillantes, et les sentiments à vif. Il donne un nouveau souffle à Pierre que celui-ci ne va pas balayer d'une foulée au stade.
***
Un premier roman très fort et très juste, l'écriture d'Anne Percin est fine, concise, colle aux sentiments de Pierre. Elle est aussi percutante, et touche profondément le lecteur.
L'épisode où Pierre découvre les photos prises par Raphaël et où il prend conscience de son apparence n'est pas sans rappeler le roman de Jean Molla Sobibor (Gallimard, collection Scripto ; un parallèle est fait entre l'anorexie/corps décharné et un rescapé des camps de la mort). L'homosexualité est quant à elle abordée toute en discrétion, de façon presque toujours implicite.
Encore un roman qui parle d'anorexie (hier je parlais de Comment j'ai disparu) -qui touche un garçon cette fois-ci- et de vie, la fin est pleine d'espoir, c'est l'aube d'un nouveau départ.
Point de côté d'Anne Percin. Thierry Magnier (Roman). 8 euros.
Sur le blog d'Anne Percin, on trouve tous les liens des critiques sur Point de côté.
Commentaires
Eh bien, encore un à noter!
@Maijo : oui, c'est à noter!
Je suis résolument lecture pour ados, grands ados surtout, et je découvre vraiment des perles.
ah oui, ça je note. Pour la première phrase de ton billet surtout. C'est bête comme j'ai envie de lire sur la chose qui pourrait peut être m'arriver un jour et qui me fait peur plus que tout...
@Emeraude : non ce n'est pas bête! En général, je n'arrive pas à me confronter aux choses qui me terrifient, alors si tu en as le courage : je te souhaite une bonne lecture, vraiment, et que ce roman t'apporte...
Juste un bravo en passant!
bravo pour cette critique très fine, je ne dis pas ça parce que vous dites du bien de mon livre :-) même si ça fait plaisir évidemment - mais parce que c'est la 1ere fois que je lis un compte-rendu qui s'approprie le roman, qui le raconte autrement, à sa manière, mettant en lumière certaines scènes ou certains aspects que d'autres n'ont pas vu, pas compris, parfois pas aimé (la séance de photo notamment, très critiquée ailleurs !)
Pour moi ce livre est un fragment du corps de mon personnage, un personnage aussi vivant que possible, mon frère jumeau en quelque sorte... Tout ce qu'on me dit de bien sur le roman, je le prends pour lui et je suis contente pour lui. Merci d'avoir contribué, par votre façon d'en rendre compte, à le maintenir en vie.
C'est particulièrement précieux pour moi en ce moment où un autre fragment de ce même corps vient de voir le jour
(oui je sais c'est un peu sybillin comme propos mais je ne peux pas en dire plus pour l'instant !)
Gawou, tu me donnes très envie de lire ce livre et le rapprochement avec Sobibor que j'ai beaucoup apprécié ne fait que me mettre davantage l'eau à la bouche...
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