Chez Gaëlle -ou Gawou- la libraire!

Lectures d'une libraire jeunesse!

01 août 2008

Noé de Claire Clément. Bayard Jeunesse (Estampille).

1301297Noé a 10 ans quand il perd sa maman (elle meurt dans un accident de voiture). Il n'a pas connu son père si bien qu'il est recueilli par les parents de ce dernier. Ses grands-parents sont mariniers. Noé fait la connaissance d'un nouveau monde, sur l'eau, et il n'a pas le temps de dire ouf qu'il se retrouve avec une barre dans les mains, manier une péniche, ça n'est pas facile, mais ça occupe l'esprit...

"(...) les portes de l'écluse se sont ouvertes devant nous... comme si le fleuve nous réservait des surprises. En fait, le fleuve était calme. Le soleil faisait miroiter l'eau ; on aurait dit des milliers de lucioles qui dansaient à la surface. C'était beau et magique."

Noé se remet un peu à flot quand déboule Gaëlle, une vraie tornade imprévisible, qui chamboule la vie de Noé, lui fait se poser des questions, et l'aidera à y voir clair quant à sa relation avec ce père inconnu qui n'est pas si loin que ça.

Voilà un roman qui se lit vite, sur un petit garçon attachant, qui perd un peu son chemin, mais qui va vite apprendre à repérer le Nord...

Noé de Claire Clément. Bayard Jeunesse (Estampille). 9.90 euros.

23 juin 2008

Comment j'ai disparu d'Adrienne Maria Vrettos. Thierry Magnier (Roman).

51LcoqOf_2B6L__SS500_Karen est anorexique. Cela part d'une réflexion malheureuse d'une prof sur ses rondeurs, et petit à petit, elle ne veut plus s'alimenter. En arrière-plan, une famille qui se déchire, les parents qui se disputent continuellement ou presque, le petit frère de Karen, Donnie, qui ne sait plus où est sa place, qui encaisse, endure, s'inquiète, souffre, seul, résolument seul, sans que personne ne s'en rende compte. Il a le sentiment de ne plus exister, de disparaître... mais plus Karen est malade, plus il souffre et bizarrement, il vit de plus en plus.

"-Entre, Donnie.

(...)

-Assieds-toi.

(...)

-Je suis anorexique.

J'éclate de rire, à notre grande surprise à tous deux.

-Pourquoi ris-tu?

Je ris de plus belle. Elle me donne un coup de pied dans le bras.

-Ce n'est pas drôle Donnie, j'ai une maladie! Comment peux-tu rire?

-C'est drôle parce que ça fait une putain d'année que tu es anorexique, tu as été à deux reprises dans ce foutu hôpital et c'est la première fois que quelqu'un, toi, ou m'man, ou p'pa, ou n'importe qui d'autre m'en parle.

(...)

-Ouais je le savais, mais pas parce que tu me l'as dit. Je le savais parce que je fais attention aux choses. Je fais attention à ce que disent les gens! (...)

-Karen, je suis content que nous ayons eu cette conversation. Je me demandais vraiment pourquoi nous n'avions pas droit au beurre dans cette maison et pourquoi j'ai passé la moindre seconde de mon existence à m'assurer que tes vertèbres n'étaient pas trop apparentes. Je comprends mieux maintenant. Nous reparlerons quand tu voudras.

Je bouscule m'man, gagne ma chambre, claque la porte, rouvre et crie :

-Tout ça m'arrive aussi à moi, figure-toi!

Je claque à nouveau la porte et me sens vraiment vivant."

Parce qu'il ne se laissera pas faire, et saura se faire entendre, Donnie apprendra énormément "grâce" à la maladie de sa soeur. Et il fera également un pas vers les autres, lui qui est pourtant toujours seul, sans ami.

***

Comment j'ai disparu, c'est l'histoire d'une maladie qui s'immisce, s'installe, et prend, inexorablement, pas seulement à la personne qui en souffre réellement, mais à la famille toute entière.

Une fois commencé, Comment j'ai disparu ne se lâche pas, on s'attache énormément à Donnie. Etonnamment, ce n'est pas Karen le personnage principal de ce récit, c'est bel et bien cet ado, dont on suit le parcours avec une certaine avidité, est-ce que lui, contrairement à sa soeur, s'en sortira?  Sans concession sur l'anorexie, l'auteur a su insuffler une vraie vague d'espoir avec ce personnage d'adolescent torturé mais dont personne ne s'occupe. Et bien qu'à cela ne tienne, il va se prendre en main lui-même.

Un roman très juste, qui fait mal mais qui fait aussi du bien... à conseiller!

D'autres avis sur Ricochet, Choisir un livre, ...

Comment j'ai disparu d'Adrienne Maria Vrettos. Thierry Magnier (Roman). 10.50 euros.

18 juin 2008

2 BD d'Aude Picault

10101867_pMoi je d'Aude Picault. Warum (Décadence). 8 euros.

Courtes chroniques douces-amères d'une jeune femme d'aujourd'hui. Tour à tour drôles ou émouvantes, Aude Picault met au jour les contradictions des filles, complexes et autres petites choses qui font tout notre charme :-)
Célibat, vie à deux, insomnie, la vie avec ou sans pilule -contraceptive!-, slips ou strings?, sexualité, soirées trop arrosées, tout y passe!

Ces chroniques se dévorent et ça fait un peu penser à Pénélope Bagieu pour le côté confidences très filles, Aude Picault a son coup de crayon qui fait mouche, j'ai beaucoup aimé!

Un petit livre rouge épais, qui se lit avec plaisir, et qui tient presque dans la poche, pour 8 euros, pourquoi s'en priver?


Changement de ton avec :

411EQ9WB97LPapa, d'Aude Picault. L'Association (Côtelette). 12 euros.

Parcours d'une jeune femme en 4 étapes-chapitres, de l'annonce du décès de son père,  à arriver à vivre avec le souvenir, en passant par comment ça s'est produit et comment vivre avec l'idée qu'il s'est suicidé.

Plus on avance, plus le dessin est intérieur, pleine page et sans mots : la douleur n'a pas de phrases. La narratrice imagine comment il s'est donné la mort, les dessins sont les plus "énigmatiques", elle souffre, s'imagine avec lui au moment où il "part". C'est sans doute la partie la plus dure, mais nécessaire. Après ça, elle arrivera à se souvenir de lui, comme avant, mais avec moins de douleur. Le temps aidera bien sûr, malgré la peur qu'elle a d'oublier son père.

Le livre se termine sur une note d'espoir, c'est dur de n'avoir que des souvenirs mais : "maintenant, j'ai toute ma vie pour penser à toi et pour comprendre toutes ces choses que tu m'as dites."

Un tout autre registre donc pour ce deuxième livre, le plaisir de lecture n'est pas le même bien sûr, mais on retrouve  le style d'Aude Picault qui se reconnaît et une sensibilité et une justesse qui émeuvent.

***

Sur le site d'Aude Picault, on peut lire des planches de ces 2 livres. Et découvrir aussi ce qu'elle a fait d'autre, notamment pour les enfants à l'école des loisirs. Je vous conseille en particulier L'ours et les souris!

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10 juin 2008

Journal de Mac Lir

51HzCDxgc0LLa mère et la sœur de Mac Lir ont disparu, elles sont mortes. Mac Lir et son père se sont retirés au fin fond de l'Australie, au bord de l'océan. Ils habitent une cabane. Ils ont juste à boire et à manger. Mac Lir écrit, et son père dérive, plonge de plus en plus profondément dans la dépression. Les seuls êtres vivants qui entourent Mac Lir sont Sharak, un requin, et Dood, une tortue, qu'il observe.

"Dood vient de passer, dans le soleil qui tombe à la mer. Les rayons orange ont glissé le long de la carapace verte et ils ont ricoché, on pourrait dire, jusqu'à notre cabane en projetant un mélange de couleurs que je ne peux pas décrire. Ce ne sont pas des couleurs pour les mots, pour le cerveau. Plutôt pour le coeur. Quand on vit des choses comme l'horreur qu'on nous a envoyée, à mon père et moi, c'est bien de sentir qu'on a encore le coeur qui bat."

Mac Lir va devenir le père de son père.. il doit le laver, le nourrir. S'il n'y avait pas son père, Mac Lir voudrait mourir mais "Si je craque, mon père est foutu." Alors Mac Lir résiste, et écrit.

"Heureusement (...) que je peux écrire pour poser ce que je pense dans le cahier. Ca me sauve la vie. (...) Chaque mot est important, et, comme disait maman, plus on connaît de mots, mieux on réfléchit. Si on a un petit vocabulaire, on est à l'étroit pour penser. Je vois à quel point elle avait raison et je me rappelle les copains au surf qui se moquaient de moien me traitant d'intello, même s'ils aimaient ma façon de surfer, parce qu'il y a des coins où le simple fait de lire un livre te fait passer pour un nul, surtout quand on est un garçon."

Mac Lir voit bien que la situation ne s'arrange pas. Mac Lir comprend la douleur de son père, mais il commence à lui en vouloir, n'existe-t-il donc pas aux yeux de son père?? Celui-ci ne réagit à rien, à aucune parole.

Mac Lir n'arrive pas à pleurer, tandis que son père s'enfonce dans le mutisme, se retire du monde à en atteindre la folie. Le garçon ne trouve pas de mot pour décrire la douleur suprême de l'absence de sa mère et de sa soeur.

C'est Sharak qui va tout faire changer un soir. Ce dernier "menace" Mac Lir, il est trop près du rivage. La réaction du père est à la hauteur de l'attente du lecteur. Il sauve son fils. Tout est fini.

***

Ce roman se déroule dans un espace temps de 2 mois. 2 mois qui changent tout, plus rien ne sera jamais comme avant. Père et fils reprennent la voiture avec laquelle ils sont arrivés et vont regagner la société. Enfin pour l'instant, ils vont au cimetière.

2 mois et une grosse centaine de pages, et Chabas touche à l'universel à chaque page, il évoque des "thèmes" l'air de rien comme la religion, les croyances, l'écriture ; et les choses simples et vitales, comme manger, boire, dormir, l'amour d'une famille. Ce roman est une merveille de justesse, où la progression n'a rien de lourd ou de pesant. Ce roman se lit dans un souffle, on est porté par l'écriture lumineuse de Jean-François Chabas et on suit ces 2 parcours de résilience avec avidité.

D'autres extraits :

"Quand on est heureux, on croit que ça durera toujours. Non. Ce n'est pas ça. On ne pense pas à l'avenir. On est trop occupé à être content."

"(...) quand on écrit un journal, c'est un peu comme s'il devait être lu par quelqu'un. Ce n'est pas que j'ai envie de montrer le mien à qui que ce soit. Mais il pourrait, il pourrait être lu. Quand on écrit un journal, on ne s'envoie pas des lettres à soi-même. On les envoie au monde."

"(...) l'océan joue avec nous bien plus que nous ne jouons avec lui."

"Les adultes sont bizarres. Oh, et puis non, les enfants aussi. Il suffit de prendre n'importe qui et de le regarder d'un peu près."

Journal de Mac Lir de Jean-François Chabas. École des loisirs (Médium). 8,50 euros.

28 mai 2008

La messagère de l'au-delà, de Mary Hooper. Panama.

412d2qYq7PL4ème de couverture :
Oxford, décembre 1650.
Anne Green, une jeune servante accusée d'infanticide, vient d'être pendue haut et court. Son cadavre, au grand dam de sa famille, est livré à l'université afin d'y être disséqué.
Robert, étudiant en médecine bègue et introverti, est de ceux qui doivent assister à cette leçon d'anatomie. Mais, à sa grande surprise, il décèle bientôt chez la jeune fille des signes de vie.
Inspiré d'un fait réel, le destin terrible et singulier, aux frontières du surnaturel, d'une adolescente dans l'Angleterre puritaine du XVIIe siècle.

***

Anne était servante chez les Reade, une riche famille. Elle se fait courtiser par le jeune Geoffrey, seul héritier et petit-fils du maître et lui cède sa virginité. C'est qu'elle croit sincèrement aux promesses (1 meilleure condition, richesses, etc.) qu'il lui fait. Anne est encore bien naïve et ne sait quoi faire quand elle tombe enceinte, et que pis, elle apprend que Geoffrey va se marier... mais pas avec elle, bien sûr.
Anne est seule, cette solitude atteint son paroxysme au moment de l'accouchement. Le bébé naît bien trop tôt, il est prématuré et ne respirera jamais. De suite, Anne est accusée d'infanticide et conduite à Oxford pour sa mise en prison,  son procès... et sa mise à mort. Sauf qu'elle ne meurt pas.

Robert est étudiant en médecine, et bègue, ce qui fait qu'il n'est pas toujours considéré comme "sérieux"... Il assiste à ce qui devrait être la dissection du corps d'Anne mais il est le premier à découvrir un signe de vie chez la jeune fille.
De la même façon qu'Anne remonte les évènements et nous fait part de sa vie, Robert livre ses réflexions, il décrit  tout ce qui se passe autour du corps d'Anne et de son cercueil. Ce dernier lui rappelle d'ailleurs des évènements  traumatisants qui ont eu lieu dans sa petite enfance et pourraient bien être à l'origine de son bégaiement...

On rentre de suite dans le cœur du roman et de son intrigue. Une fois commencé, il ne se lâche pas. L'auteur utilise le procédé d'écriture très addictif qui consiste à passer de l'un à l'autre personnage à chaque chapitre. On se prend au jeu et on veut très vite tout savoir.
Très bien écrit, l'auteur n'épargne aucun détail quant à la vie de l'époque, et saleté, pauvreté, désœuvrement  extrême sont bien souvent au cœur des mots. La description de la prison à Oxford, ou de l'accouchement sont terribles, mais paraissent très justes.
L'auteur s'est inspirée d'un fait réel, et raconte à la fin du roman comment elle a remanié l'histoire vraie d'Anne Green, à partir des éléments qu'elle a pu trouver, et révèle part d'imaginaire qu'elle y a inséré.

La messagère de l'au-delà, de Mary Hooper. Panama. 15 euros.

Merci encore à Eve pour cette très bonne idée cadeau qui me réconcilie avec le roman historique!
L'avis d'Ys,
de Sophie Serindat, libraire ;
... d'autres?

16 mai 2008

L'été de Garmann de Stian Hole. Albin Michel Jeunesse.

51xKbHHpKyLGarmann va rentrer en CP.
Il a un peu peur, il n'a encore perdu aucune de ses dents alors que tous les autres...
et puis il ne sait pas épeler "ananas" alors que Hanne et Johanne si...

Comme tous les étés, ses 3 tantes accordent une visite à Garmann et sa famille. C'est l'occasion pour le petit garçon de poser plein de questions sur la mort, la vieillesse, et il découvre que les adultes aussi ont peur de plein de choses, même ses parents.

Un album sur le temps qui passe... pour les enfants plus grands, à partir de 6-7 ans! Encore un de ces albums qui ne s'épuisent pas à la première lecture, au texte dense et un peu long, qui fait remonter des souvenirs à l'adulte qui le lit, et qui répondra à de nombreuses interrogations des enfants qui écoutent ou qui lisent tout seuls!

Stian Hole a un univers graphique tout à fait étonnant -qui n'est pas sans me rappeler  le terrible album de Vincent Ravalec au Seuil Jeunesse : Pourquoi les petits garçons ont-ils toujours peur que leur maman les abandonne dans une forêt sombre et noire? ; ou -rien à voir... le générique des Desperate Housewives!
Dans les illustrations de l'album, on distingue des photos, des collages, des dessins..

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© Stian Hole
Garmann est les 3 tantes.

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© Stian Hole
--vous trouvez pas un petit air de desperate housewives?--

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© Stian Hole
Garmann à la fin de l'été devant sa fenêtre, l'école commence demain.. Que l'été est passé vite.
Il a des "papillons noirs" dans le ventre.

L'été de Garmann a reçu le prix du meilleur album à la Foire internationale du livre pour enfants de Bologne : le Bologna Ragazzi Award, en 2007.
Quelques avis :  Nathalie Ventax à la librairie Comptines, Lili Oregane, ...

L'été de Garmann de Stian Hole. Albin Michel Jeunesse. 12.50 euros.

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03 avril 2008

Ne t'inquiète pas pour moi d'Alice Kuipers. Albin Michel ET Albin Michel Jeunesse.

9782226183200_X2 éditions existent pour ce livre : en jeunesse et en adulte. Je présente la couverture pour la jeunesse, je la préfère!

4ème de couverture :
« Maman, je suis allée au supermarché. Regarde dans le frigo. J’ai arrosé les plantes. J’ai nettoyé la cage de Jeannot Lapin. J’ai rangé le salon. Et la cuisine. Et j’ai fait la vaisselle aussi. Je vais me coucher.
Ton esclave à domicile,

Claire. »

Une correspondance par Post-it sur le frigo entre une mère et sa fille. Lorsque la mère tombe malade, le temps presse mais l’espoir demeure.
Un livre comme un trésor qui chuchote à l’oreille l’importance de ceux qu’on aime…

***

Claire et sa mère ne se voient pas très souvent. La première a 15 ans, une vie de lycéenne avec les devoirs, les premiers petits amis. Sa mère est médecin et souvent de garde.
Elles s'écrivent tous les jours ou presque, sur des Post-it, qu'elles déposent sur le frigo. Listes de courses et leçons de vie se succèdent...
La mère de Claire apprend qu'elle est malade. Au début, Claire est assez désinvolte, même si elle s'inquiète, sa mère n'a pas l'air vraiment préoccupée. Mais les choses se compliquent.
Les Post-it sont toujours là, et au milieu des courses, des inquiétudes ordinaires comme "où est ma clé?" se mêlent des craintes pour l'avenir, et de vraies déclarations d'amour.

"Quand je te regarde
Je vois la femme que je veux être
Forte et courageuse
Belle et libre"

Ne t'inquiète pas pour moi est un roman épistolaire très original, poignant, et qui se lit d'une traite. C'est la correspondance de deux êtres qui sont conscientes de la chance qu'elles ont de s'avoir.
A lire -à mon avis- à partir de 12-13 ans jusqu'à l'infini!

08 janvier 2008

Mélanie de ses 15 ans à ...

gen_thumbailMélanie a 15 ans, un peu d'embonpoint, et un vrai mal-être, -physique mais pas seulement.

"Je me suis levée et suis rentrée. Il valait mieux que je ne laisse pas libre cours à ma mauvaise humeur. Je lui en voulais de prendre toute la place, d'être celle qu'on appelait pour les soirées. Je n'étais que son ombre. On m'accueillait sans problème mais au fond, on se moquait de savoir si j'étais là ou non. Fanny avait besoin d'être le centre du monde et elle oeuvrait sans relâche pour ça. Moi, j'étais discrète, je lui laissais la vedette."

Fanny, sa meilleure amie, lui met une idée en tête : elle peut se faire opérer, suivre un régime. Mélanie commence mais... échoue.

*****

Mélanie a 25 ans et se présente sur un site de rencontres par Internet "rondeDesRencontres.com", un site réservé aux "hommes aimant les femmes aux femmes généreuses".

"Elle [Fanny] était emballée à l'idée que j'aille pavaner au milieu de ce cybermarché de l'obésité. Moi, beaucoup moins. Même si je devais bien reconnaître que c'était peut-être là ma meilleure chance de ne pas finir vieille fille.
Comme toujours avec Fanny, j'ai fini par céder. Un dimanche après-midi, après un brunch fastueux que je digérais en me lamentant une fois de plus sur mon sort, elle m'a vaincue."

Mélanie va rencontrer Pascal, -non sans mal, non sans essuyer pas mal d'échecs. Mais c'est très vite le bonheur : mariage.

*****

Mélanie a 35 ans, avec Pascal ils voudraient des enfants, mais elle ne peut pas en avoir, elle n'a plus ses règles, elle est trop grosse, obèse.

"Plus rien n'avait de sens.
A quoi rimait ce ventre qui ne pouvait abriter un enfant?
A quoi rimait ce couple qui ne se transformerait jamais en famille?
A quoi rimait cette sexualité ridicule?
A quoi je rimais, moi?
Voilà les idées qui tournaient dans ma tête pendant que je gardais les yeux rivés à mes croûtes de fromage bien que les larmes m'empêchent de vraiment les voir."


Et Mélanie s'inscrit à "Relooking Extrême"... Le tourbillon commence. Rien ne va plus arrêter Mélanie vers la course au bien-être qui pour elle passe par un corps mince. Rien n'arrête plus Mélanie -même pas Pascal. Mélanie fonce à coups de ballon gastrique, bistouri, régime et cours de gym vers un dénouement final ... brutal.

Une fois commencé, je n'ai pas lâché ce roman. Sa construction est intéressante, on ne s'appesantit pas sur des détails inutiles. Les éléments de "compréhension" sont distillés par petites touches, qui reviennent nous assommer à la fin.
15/25/35 ans, comme 3 actes, et l'expérience Relooking Extrême, qui une fois commencée, précipite Mélanie vers une fin certaine.
Murielle Renault a une écriture fluide, sans chichis, qui colle à la personnalité de l'héroïne. C'est drôle au début, on se demande où on va, pas très longtemps certes, mais de petites tournures sympathiques laissent penser que... et puis le mal-être gagne. Plus on avance, plus c'est "technique", assez télé-réalité, on s'éloigne des émotions, exactement comme Mélanie, qui est obnubilée par ce qu'elle pourrait être, et plus par ce qu'elle est.

Un roman à lire, assurément!
Le Strip-tease de la femme invisible de Murielle Renault. Le Dilettante. 17 euros.
Quelques infos en plus sur le site du Dilettante.

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18 septembre 2007

Le dernier roman de Marie Darrieussecq

Voilà quelques jours que je ne parle plus de bouquins, que j'écoute Elvis, que je prends des photos et que je me promène... Ce n'est pas que je ne lis plus, non non, mais depuis que j'ai fini Tom est mort, j'avoue que les mots me manquent... Ce livre m'a terriblement marquée et secouée.

[Je ne parlerai aucunement du débat Marie Darrieussecq-Camille Laurens, juste du livre.]

31Wa8_KAY0LTom est mort, ou comment les plus petites choses du quotidien viennent côtoyer la plus horrible : "Tom est mort".
Comment 10 ans après une mort, on pense que la personne est toujours là...

Bon, je vais essayer d'être un peu plus claire...

10 ans après la mort d'un de ses enfants, une maman revient sur... quoi exactement? La vie de Tom, la conception de Tom, l'avant, maintenant, ses pensées, sa réaction il y a 10 ans et maintenant. Elle consigne tout dans un cahier...

Enchevêtrement des pensées, l'impensable est oublié et revient en force et repart à nouveau mais il est là, prégnant, rien ne sera plus jamais comme "avant", cet avant si difficile à définir. Les "si" et leurs possibilités impossibles : "La folie est au conditionnel".

Ce livre est douloureux, tortueux... et en même temps limpide, cette disparition est inacceptable, mais il faut vivre avec. Le "Il y a 10 ans" et le "maintenent" sont intimement liés car c'est irrémédiable : Tom est mort, mais chaque nouveau jour porte Tom, Tom en souvenir, Tom en réel, Tom mort.

La difficulté de mettre un avant et un après...

"Le temps n'a pas passé, il y a 1000 ans que Tom est mort et il meurt tous les jours."

J'ai aimé, porté ce bouquin avec moi et en moi, et je n'oserai pas dire que je le comprends, parce que je n'ai pas vécu la disparition d'un enfant mais il m'a parlé, me parle encore et je crois qu'il me parlera encore longtemps.

Tom est mort. Marie Darrieussecq. POL.

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